nos tres meses

13 septembre, 2010

Grain de sel

Classé sous Non classé — nostresmeses @ 1:44

Je crois que j’aurais plein de façons de vous raconter le Salar… Mon côté Nicolas Hulot vous parlerait longtemps des paysages millénaires du Salar de Uyuni et du Sud Lipez. Je me perdrais facilement en superlatifs pour décrire ces immensités aux conditions extrêmes, jadis délaissées par l’homme. La diversité, la richesse, la verticalité, l’inventivité toujours renouvelée de la nature ne cesse d’étonner, de surprendre et d’émouvoir sur ses chemins. Et malgré le ton grave imposé par le climat froid, sec et intransigeant qui prédomine, la vie a su trouver quelques artistes pour y jouer sa partition. Lamas et vigognes paturent en petites grappes les rares plantes qui ont réalisées l’exploit, de pousser ici, et qui font office de liaisons entre les déserts qui innondent cette zone. On retrouve aussi les trois espèces de flamants roses d’Amérique du Sud, qui peuplent les lagunes du Sud Lipez. Lagunes qui présentent des nuances de couleurs époustouflantes, et qui si elles se réunissaient, pourraient tutoyer effrontément les plus beaux arcs-en-ciel.

Mon côté Yann Arthus-Bertrand commencerait par vous decrire l’arrivée sur la ville d’Uyuni, et les effets décoratifs de la croissance de sa fréquentation due au tourisme. Des déchets, non miraculeusement multipliés, dispersés par le vent aux alentours du lieu-dit, jusqu’à se joindre aux seules plantes sèches qui poussent dans le désert environnant, telles des guirlandes sur leur sapin. Mais cette fête là, c’est plutôt celle de la déchéance de la culture occidentale, de la consommation du produit préfabriqué. La messe est dite tous les jours de l’année et son échec se perçoit même avant de voir la ville se profiler à l’horizon. Ensuite je vous parlerais de la ville elle-même, dont certains murs se souviennent certainement des massacres ethniques qui ont eus lieu non loin d’ici pour l’exploitation du fameux sel du salar. Exploitation, mot qui serait d’ailleurs plus justement utilisé pour décrire les personnes qui continuent aujourd’hui à se tuer la santé en dressant les monticules de sel, première étape photo du tour touristique. Je parlerais bien sûr de la voiture, fabuleuse invention qui a permis à l’homme de coloniser sporadiquement ce milieu, afin d’en faire un haut lieu du tourisme. Sûr que si j’avais son matos photo et son hélico, il me serait possible de capturer quelques figures étranges dont les traits seraient dessinés par les nombreuses pistes créees pour permettre ce Dakar de la photo souvenir, et dont les partcipants ne cessent de croître depuis la quarantaine d’années que ce site est ouvert au tourisme.

Mon côté sarkozyste, royaliste, économiste bien que peu développé aurait tout de même une petite note positive à chantonner, pour séduire tout l’argent ainsi amené. Belle mine pour le pays en manque de richesse, et je ne vous parle pas du sel. Mais ce côté capitaliste laisserait la place à mon côté Che Guevara, qui commencerait par rappeler que le prix de cette excursion est prohibitif pour un Bolivien. Rares sont ceux qui détiennent le privilège de pouvoir visiter cette partie de leur pays. Le fait que la visite du Salar semble le monopole des touristes “blancs” qui profitent de leur passage, le plus souvent éclair, en Bolivie pour se rendre dans ce lieu magique, m’a laissé penser que l’histoire de la colonisation en Amérique n’est peut être pas totalement finie.

Enfin, mon côté marxiste s’interroge sur l’argent du tourisme. A qui profite le jackpot? Former la jeunesse pour diversifier les issues économiques futurw du pays afin qu’il gagne en indépendance semblerait logique et plus que salutaire. Mais si je me fie à cette gamine qui m’a vendu du PQ pour aller aux toilettes publiques ce lundi matin, il semblerait que ce ne soit pas la stratégie tout a fait employée.

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